37 secondes. C’est le temps qu’il a fallu au chalutier Bugaled Breizh pour sombrer dans la Manche, au large des Cornouailles anglaises, le 15 janvier 2004 avec à son bord cinq membres d’équipage. Cette série aussi palpitante qu’émouvante raconte le combat pour la vérité des familles des victimes et le déroulé de l’enquête judiciaire, depuis les premières hypothèses jusqu’à un dernier verdict le 5 novembre 2021. Voici cinq choses à savoir sur 37 secondes, signée Anne Landois et Sophie Kovess-Brun à la création et au scénario et Laure de Butler à la réalisation. La diffusion des six épisodes commence ce 3 avril à 20h55 sur Arte. La série est également disponible sur Arte.tv. 37 secondes a été sacrée Meilleure série française à Séries Mania 2025.

Un combat pour la vérité

1 – Entre la réalité et la fiction

Si les faits sont réels, les personnages sont fictifs. « C’était très important pour nous de ne pas rencontrer les familles », explique la showrunneuse Anne Landois. « On a fait le choix délibéré de ne pas les rencontrer. En effet, si les familles nous avaient confié leur chagrin, on aurait peiné ensuite à créer de la fiction par-dessus. On voulait être respectueuses par rapport à ce que ces familles ont vécu. C’est un drame qui a eu lieu il y a 20 ans. Beaucoup ont mal vécu toutes ces années. On a voulu raconter le combat des familles pour la vérité, notamment à travers le personnage de Marie, incarnée par Nina Meurisse, qui va porter cette charge émotionnelle, qui va entraîner tout le monde dans cette lutte. Tout ce qu’on a développé sur l’intimité des personnages, sur leur relation, provient de notre imagination. Mais les faits sont réels. »

Le Bugaled Breizh de 37 secondes

Le Bugaled Breizh

2 – Les hommes d’honneur de 37 secondes

37 secondes existe grâce aux experts qu’Anne Landois et Sophie Kovess-Brun sont allées chercher un par un : l’avocat des familles Christian Bergot (qui a inspiré le personnage de Christophe Costil interprété par Mathieu Demy), le juge d’instruction Richard Foltzer (le juge Ferrand dans la série, joué par Pierre-François Garel), l’ancien président du comité local des pêches en pays bigouden Robert Bouguéon (Alan Quéré incarné par Marc Bodnar) ainsi que l’expert sous-marinier Dominique Salles (Philipe Vidal, joué par Laurent Poitrenaux). « C’est un dossier très technique, des années d’enquête et beaucoup de pièces », affirme Anne Landois. « Ils ont tous essayé de comprendre. Ils ont tous fait ce qu’ils ont pu. Leur combat nous a accompagnées. Ils nous ont vraiment imprimé ce désir de ne jamais baisser les bras au point de se dire que nous aussi, on devait pouvoir rendre hommage à cette lutte, à cette volonté d’essayer de comprendre. C’était un grand plaisir de travailler avec ces hommes que nous appelons nos hommes d’honneur. Cela a été le plus grand combat de leur vie pour que la vérité émerge. Même si on n’a pas officiellement la fin de l’histoire. Mais on a tous compris. »

Nina Meurisse mène le combat pour la vérité dans 37 secondes

Nina Meurisse

3 – Un accueil breton chaleureux

37 secondes a entièrement été tournée en Bretagne, pendant trois mois, avec de nombreux techniciens locaux. Le naufrage reste un sujet toujours douloureux pour les habitants du Sud Finistère. Quand Anne Landois et Sophie Kovess-Brun sont arrivées sur place pour leurs recherches, en 2021, le verdict était tombé : la justice imputait la responsabilité du naufrage aux seuls marins. Les familles n’ont jamais accepté ce jugement. Tous ont donc été enthousiastes à l’idée d’une fiction essayant de raconter le plus précisément possible les événements qui ont émaillé toute l’enquête. Lors de la reconstitution d’une marche silencieuse qui s’est réellement tenue à Quimper, des Bretons ont même demandé à jouer les figurants pour la séquence car ils n’avaient pu participer à celle de l’époque. « On a senti qu’il y avait un besoin de mémoire, de faire vivre cette histoire très importante pour la Bretagne », se souvient Nina Meurisse.

Mathieu Demy

4 – Au diable la superstition !

Selon la tradition maritime, on ne doit pas changer le nom d’un bateau sous peine de s’attirer les foudres de Neptune et de porter malheur à l’embarcation et à ses occupants. Et que dire de la malédiction quand il s’agit de reprendre le nom d’un bateau disparu en mer. C’est pourtant ce qu’a accepté un armateur quand la production lui a demandé de débaptiser son chalutier et de le renommer Bugaled Breizh pour les besoins du tournage. Il a cependant demandé au préalable l’autorisation à Michel Douce, l’ancien armateur du Bugaled Breizh.

5 – L’espoir fait vivre

Laurent Poitrenaux et Pierre-François Garel

Le mystère du naufrage reste entier, même si la thèse la plus défendue par les proches des marins décédés est celle du sous-marin qui aurait accroché par accident les câbles du chalut pour l’entrainer au fond. Cette hypothèse développée par l’expert sous-marinier Dominique Salles est aussi celle adoptée par Anne Landois et Sophie Kovess-Brun dans 37 secondes. Mais quel serait le sous-marin coupable parmi ceux présents dans les environs, officiellement ou non ? « Peut-être que quelqu’un va parler, peut-être que quelqu’un qui n’avait pas tout dit à l’époque va révéler quelque chose », espère Anne Landois. « Peut-être qu’il se passera quelque chose, peut-être qu’un fait nouveau arrivera et que l’affaire sera relancée. »

 

Crédits photos : @ Caroline Dubois, Jean-Claude Lother, Nicolas Roucou